Présentation

    Les activités physiques, sportives, et artistiques apparaissent depuis toujours, à tort ou à raison, comme l’un des remèdes aux maux sociétaux dont souffre une population ou une nation. Selon Attali (2004), « dès le début de son histoire, le sport a été associé à des valeurs en vue de promouvoir sa pratique. Son existence s’est ainsi établie sur des présupposés qu’il s’est agi de cultiver tout au long de son développement jusqu'à en faire l’un des fondements d’un mythe de consubstantialité du sport avec des valeurs naturellement vertueuses ». Les défis sociétaux contemporains associés au sport ou à l’activité physique n’échappent pas à cette analyse. L’activité physique, sous forme énergétique, éducative, ré-éducative, sportive ou artistique est souvent utilisée, justifiée et légitimée au regard de fins sanitaires, de bien être psychologique, d’intégration sociale, de mieux vivre ensemble, de réduction des inégalités, .... Au delà des présupposés selon lesquels ces pratiques seraient intrinsèquement porteuses de valeurs vertueuses, ce congrès se propose de questionner ses usages sociaux à travers l’analyse de la responsabilité des acteurs de l’intervention et des stratégies déployées de façon plus ou moins conscientes pour faire de ces valeurs présupposées une réalité. 

La responsabilité des acteurs peut s’appréhender selon différentes approches, en axant à la fois sur leur imputabilité (Arendt, 1991), ou les conséquences objectives des démarches d’intervention (Jonas, 1979). Au regard des nouveaux défis sociétaux, quelles sont les nouvelles responsabilités des acteurs de l’intervention en sport, en EPS ou en activité physique ? Ces nouvelles responsabilités dans des contextes d’intervention en mutation amènent à élaborer de nouvelles stratégies pour des publics de plus en plus divers et selon des formes de plus en plus variées (présentielles, distancielles, pédagogie inversée, coaching,..). Quelles sont les logiques qui amènent à repenser l’acte d’intervention et dynamise le processus d’innovation ? Être un acteur responsable sous entend également de rendre compte (« accountability ») des effets de ces pratiques d’intervention envers les publics auxquels elle sont destinées. Comment mesurer la plus value d’une éducation par le sport ou l’Education Physique ? Dans quelle mesure les interventions dans le domaine des APSA génèrent elles des bénéfices objectivés au sein de populations variées ? Comment peut être développée la responsabilité des pratiquants, en les rendant plus autonomes dans la conception et la régulation de leur propre activité physique ou de leurs propres performances sportives ?

Ce Xe congrès de l’ARIS aura pour objectif de répondre à ces questions au travers quatre axes de problématiques.

Axe 1: Nouveaux défis sociaux, nouveaux contextes, nouveaux enjeux et pratiques d'intervention dans les APSA. Axe 2 : Stratégies innovantes dans les différents milieux d'intervention en sport. Axe 3 : Analyse des effets de l'intervention. Axe 4 : Responsabilisation des pratiquants : enjeux et stratégies d'intervention.

Sport and physical activity is often portrayed as a miracle cure for many social ills. According to Attali (2004), «very early in its history, sport was intertwined with values to promote its regular practise. Its existence was rooted in presupposition carefully cultivated throughout its development, which lay the foundations of a myth of consubstantiality of sport and virtuous values». This analysis still stands for modern societal challenges associated with sport or physical activity. Whether it is energetical, educational, re-educative, sport-based or artistic, physical activity is often used, justified and legitimized based on purposes such as sanitary, psychological well-being, social integration, reduction of inequality… Beyond the assumption that physical activities are inherently virtuous, this congress will be an occasion to question their social use by analysing the responsibility of the stakeholders and the strategies they more or less consciously carry out to turn these assumptions into a reality.

The concept of responsibility of the stakeholders can be apprehended from different angles; Imputability (Arendt, 1991) is one of them, but it can also be based on the objective consequences of an intervention initiative. Considering the emerging societal challenges, what could be the new responsibilities of those intervening in sport, physical education, or physical activities? Some new strategies emerge to cope with a public which is diversifying: face-to-face intervention is now challenged by distance learning, flipped classroom pedagogy, peer-reviewed teaching, coaching and so on. What type of logic is capable of triggering innovation and re-thinking intervention?  Being responsible, in the sense of «accountable», impacts intervention practice. What are the benefits of an education based on sport and/or physical education, and how can they be measured? To what extent does intervention in Physical Activity and Sport generate concrete results to a wide range of different social groups? Does promoting autonomy in conception and regulation of their own activity and performances empower those practicing physical activity and sports?

The objective of this Xth ARIS congress is to provide answers to those questions through four different axes. Axis 1: The impacts of new social challenges, contexts, issues on intervention in physical activity and sports. Axis 2: Innovating strategies in sport intervention: empowerment and intervention strategies. Axis 3: Analysis of the effects of intervention. Axis 4: Empowerment of the practitioners: what is at stake and intervention strategies.

 

 

 

 

 

 

Thèmes

De nombreux observateurs estiment que la société contemporaine est en train de traverser une phase de mutation qui la rendrait de plus en plus « liquide » (Bauman, 2000), cosmopolite (Cicchelli, 2016), caractérisée par un éclatement de la culture et de ses éléments constitutifs (Dubet & Martuccelli, 2014). Notre société composite serait donc entrée dans une crise (Giddens, 2000) dans laquelle le corps et ses pratiques n’échappent pas.

Dans ce contexte en mutation, quelles sont les nouvelles responsabilités engagées, assumées ou souhaitées par les acteurs de l’intervention dans le domaine des activités physiques et sportives ? Quels types et niveaux de responsabilité peuvent être imputés aux acteurs de l’intervention et aux pratiquants dans les nouveaux rapports au corps et modes de pratique ?

Quelles nouvelles postures impliquent les problématiques de l’inclusion scolaire du handicap, de la lutte contre la sédentarité, de l’éducation à la santé, des pratiques d’accompagnement scientifique de la performance de haut-niveau, de l’usage des nouvelles technologies comme outils d’intervention ? Face à ces défis sociétaux, cet axe cherchera à comprendre comment se construisent les nouvelles responsabilités pédagogiques, didactiques, sociales, individuelles et collectives des acteurs de l’éducation par les APSA.

L’innovation semble être un des éléments clés permettant aux individus, groupes sociaux, organisations de s’adapter aux changements incessants induits par notre société moderne (Attali et Saint-Martin, 2015). Mais elle peut être également le fruit d’une réflexion concertée pour faire évoluer cette même société, auquel cas on parlera de stratégie innovante. Adopter une démarche innovante peut donc consister à prendre le risque d’inventer et d’implémenter de nouvelles manières de penser, de faire, mais aussi, par contraste, d’intégrer de nouveaux outils en réponse à des problèmes concrets.

Le milieu de l’intervention en activités physiques et sportives semble avoir pris la mesure de l’importance des enjeux liés à la recherche comme de la compréhension de démarches innovantes. Quel état des lieux peut on faire concernant ces pratiques novatrices? Quelle dynamique sous tend la genèse de ces démarches innovantes? Entre pratiques physiques sportives et artistiques traditionnelles et les nouvelles formes de pratique utilisées dans le champ scolaire, rééducatifs, de loisirs ou d'entraînement, quel avenir peut t on imaginer dans l’évolution des APSA?

C’est autour de ces questions que cet axe du congrès s’organisera. Dans le domaine de l’intervention en activités physiques, quel état des lieux peut-on faire concernant ces pratiques innovantes ?

Être responsable implique de prendre en considération les conséquences de ses actes (éthique de la responsabilité ; Prairat, 2015). Si les stratégies mises en œuvre par les acteurs de l’EPS, du sport ou des activités physiques visent en général des impacts positifs, pour autant toutes les conséquences ne sont pas prévisibles. Les effets générés par leurs interventions au travers de leurs gestes, pratiques, décisions ou encore postures peuvent être tout autant désirables et désirés qu’indésirables et inattendus. Objectiver les conséquences de ces interventions semble alors nécessaire et fondamental.

Questionner le lien étroit entre les actions de terrain des professionnels et leurs effets (sur l’apprenant, le professionnel, l’institution…) sera donc l’élément central de cet axe. L’ensemble des travaux cherchant à analyser les effets des stratégies d’intervention dans le domaine des activités physiques, sportives et artistiques et dans celui de l’éducation physique et sportive seront au cœur des débats: Comment analyser les effets de l’intervention? Quelle place donner au terrain? Dans quelle mesure est il possible d’objectiver les conséquences de son intervention? Quel est l’intérêt et/ou la nécessité d’une telle démarche d’évaluation et d’objectivation des interventions auprès de divers publics ?

Si dans l’acception courante, la responsabilité reste centrée sur une “chose”, “un phénomène” ou “un autre”, répondre d’une responsabilité vis à vis de « de soi » est un nouvel enjeu traduisant le développement spectaculaire d’une culture de l’autonomie individuelle (Boutinet, 2017). Les pratiques non institutionnalisées, auto-organisées (Loret, 1995), le désir d’émancipation, les préconisations à prendre en main sa santé (Charte d’Ottawa, 1986) invitent les éducateurs, les enseignants ou les entraîneurs à former des pratiquants éclairés, capables d’organiser, maîtriser et gérer leurs propres pratiques physiques. La finalité d’une responsabilisation du pratiquant vis à vis de lui-même, des autres ou de l’environnement questionne les démarches d’intervention et le rôle tenu par les formateurs et intervenants dans le domaine fédéral (entraînement sportif) et scolaire (éducation physique).

Cet axe a pour objectif de présenter des dispositifs de formation, des formes de pratiques scolaires, des formats pédagogiques de dévolution ou toutes autres pratiques d’intervention permettant de responsabiliser les pratiquants. Cela reviendra à questionner: comment les pratiquants se responsabilisent ? Quels sont les processus sous jacents ? Comment l’intervenant peut-il contribuer à l’éducation à la responsabilité ?

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